La jolie musique de chambre de Vincent Subilia

Vincent Subilia dirige depuis mai 2019 la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève. Il invoque Nicolas Bouvier et André Malraux. Pas étonnant qu'aujourd'hui, l'initiative chinoise sur les nouvelles routes de la soie de Péking l'inspire.


Philippe Mottaz, The GenevaObserver et Stéphane Bussard (contribution du Temps au Geneva Observer) twitter@pmottaz @StephaneBussard

Le 23 novembre 2019


Portrait


L’homme ne tient pas en place. Il est moins pressé qu’en mouvement perpétuel, sautant à pieds joints d’un territoire géographique à un champ de réflexion inconnu. Vincent Subilia arpenteur et explorateur, l’unicité par la diversité. Le résultat d’une bonne dose de génétique, et d’un peu d’acquis : « Je suis moitié belge, moitié suisse. Je suis vaudois et j’ai choisi de consacrer mon énergie à Genève. » Quand vous demandez qui a inspiré cet homme qui agit dans l’économie et la politique, « les deux faces de la même médaille », ce n’est ni Milton Friedman ni Georges

Favon qu’il convoque, mais Nicolas Bouvier. « Il m’a profondément marqué, plus jeune j’ai longtemps fait du backpacking. » Vincent Subilia aussi fait « usage du monde », avoue son bonheur d’aller à la rencontre de l’autre. Même stationnaire dans son bureau directorial de la Chambre genevoise de commerce, d’industrie et des services où il nous reçoit pour parler de l’organisation à Genève de la Chambers' Day, il semble être en déplacement continu, tissant dans son discours les fils d’histoires et d’expériences multiples.



Vincent Subilia, directeur général de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève. Photo CCIG


Un grand-père professeur à Pékin


Une bonne partie de l’avenir économique et de la prospérité suisse dépend de l’avenir de la Chine. Craint-il l’évolution de la situation, le durcissement autoritaire, la descente dans la violence de Hongkong? Il répond à la question en puisant dans son expérience personnelle et dans le génie du lieu en changeant le narratif: « Mon grand-père fut l’un des premiers professeurs étrangers à l’université de Pékin. La Suisse a des relations anciennes avec la Chine.» Il faut jouer les atouts de Genève et de la Suisse, dit-il, faire confiance à cet héritage. « Je crois profondément à l’esprit de Genève, à cette idée de la coopération internationale, au commerce comme rempart au conflit. Ne parle-t-on pas des marchands de la paix ?» Vincent Subilia est parfaitement conscient des enjeux, des interrogations qui entourent aussi bien l’évolution de la Chine que l’avenir du capitalisme financier.


Genève, terminus des routes de la soie?


S’il a choisi de prendre en mai dernier la direction de cette organisation qui a connu une période agitée, ce n’est pas pour se défausser et ne pas tout mettre en œuvre pour défendre ce qu’il considère comme l’intérêt de ses membres. Certes, l’initiative chinoise sur les nouvelles routes de la soie soulève mille questions, mais elles ne peuvent se poser de la même manière au Myanmar et en Indonésie qu’ici. Vincent Subilia est à peine dans la boutade quand il souhaite en faire de Genève sa « gare terminus. »C’est une évidence à ses yeux, « cette route offre à plusieurs endroits de son parcours des opportunités à l’industrie genevoise et suisse. »


On sent bien que c’est dans le même esprit qu’il a rêvé et concocté sa Chambers’ Day, qu’en choisissant thèmes et intervenants, il a imprimé dans le programme de cette manifestation sa vision du monde et sa volonté de l’interroger. L’arc de la réflexion est large, imaginer le rôle des chambres de commerces dans un monde devenu illisible à une extrémité, comment, à l’autre, prévenir la dématérialisation annoncée par les blockchains des carnets ATA, instruments essentiels au bon fonctionnement du commerce mondial.


Poussé à la confidence, presque rétif à l’exercice, il se décrit comme homme de conviction et d’ouverture. Il voudrait savoir que son action est sous-tendue par une réflexion.

Il revient à la littérature. Cite Camus et Malraux. Du premier, qui disait être « riche de ses seuls doutes », il ne partage pas le sens de l’impossibilité et de « l’absurde ». Du second, il admire les engagements et les combats multiples, politiques et culturels et une foi totale dans « le pouvoir de l’amour. »


« J’aime agir » résume-t-il. On sent sourdre un aveu dans ces mots si simples, le plaisir irrésistible de Vincent Subilia d’embrasser goulument l’époque.


Note: Le Geneva Observer est parmi les partenaires média du Chambers'Day

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